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Investir, c’est accompagner les fondateurs de startups au quotidien


Francois Paullus - Breega - Challenges

Quels sont les différents modèles d’investissement ? Pourquoi le métier du capital-risque explore-t-il différents modèles d’investissements ? Existe-t-il des différences de culture d’investissement entre les États-Unis et la France ? En quoi les fonds d’investissement peuvent-ils accompagner les fondateurs de startups en plus de l’apport de capitaux? Voici quelques-unes des questions que François Paulus, fondateur du fonds Breega, et moi avons évoquées au cours d’une discussion récente suite à une recommandation de Jérôme Thomas.

I/ Accompagner les fondateurs de startups, c’est créer un fond qui répond à leurs besoins : présentation de François Paulus, cofondateur de Breega

Maximilien Bacot - Francois Paulus - Ben Marrel - Breega - droits d'auteur - Maddyness
Maximilien Bacot – Ben Marrel – Francois Paulus
Breega – droit d’auteur – Maddyness

François est entrepreneur comme les deux autres cofondateurs de Breega : Maximilien Bacot et Ben Marrel. En 2012, ils font le constat que beaucoup de fonds occupent une place au board de leurs startups et pourraient s’impliquer davantage dans le développement des entreprises. C’est pourquoi ils ont jeté les bases d’un fonds disposant de quatre différents pôles pour accompagner les startups du portefeuille : 

  • le recrutement et les ressources humaines, 
  • le développement commercial, 
  • le marketing et la communication, 
  • le juridique.

Ces ressources sont employées par Breega et sont rémunérées par les frais de gestion du fonds (donc aucune refacturation aux startups). 

Marc Andreessen - Co-Founder and General Partner at Andreessen Horowitz
Marc Andreessen – Co-Founder and General Partner at Andreessen Horowitz

Ce modèle ressemble beaucoup à celui d’Andressen Horowitz aux États-Unis qui, lui aussi, a souhaité mutualiser un certain nombre de ressources et les mettre à disposition des startups du portefeuille, comme l’explique Noam Scheiber, reporter au New York Times suite à un échange avec Marc Andreessen, le fondateur du fonds Andreessen Horowitz. 

Lorsque Breega est créé en 2013, une telle initiative paraît incongrue dans le paysage français puisqu’elle est en décalage avec le modèle traditionnel. Mais aujourd’hui, il semble que ce modèle se diffuse de plus en plus. French Tech Accélération de la BPI a d’ailleurs une enveloppe d’investissement dont l’objectif est d’accompagner ce type de structure, comme Jonathan Lascar de la BPI me l’avait récemment expliqué.

II/ La différence culturelle entre les fonds d’investissement américain et les fonds d’investissement français

La différence entre les fonds d’investissement de capital-risque français et américain est très importante. Elle provient principalement de deux choses :

Un contexte réglementaire favorable depuis la fin des années 70

Spencer Ante - Author of Creative Capital - HBR
Spencer Ante – Author of Creative Capital – HBR

D’une part, les VC américains bénéficient d’un contexte favorable depuis la fin des années 1970. En 1978, le Congrès américain réduit l’impôt sur le capital de 49,5 % à 28 %. Puis, en juin 1979, le ministère du Travail (US Labor Department) fait évoluer la loi dite de l’homme prudent (« prudent man rule »). Initialement, les dirigeants de fonds de pension ne peuvent effectuer des investissements qu’un « homme prudent » envisagerait de faire. Par conséquent, le VC n’est pas une classe d’actif convoitée. Mais, la nouvelle réglementation laisse les gérants mettre en avant la diversification de leurs portefeuilles pour mesurer le risque. D’où, une augmentation de la disponibilité du capital. Celle-ci passe de 500 millions de dollars en 1978 à 11 milliards en 1983, seulement 5 ans plus tard, selon Spencer Ante, auteur de Creative Capital (HBR Press, 2008).

Aujourd’hui, les fonds de pension américains allouent une partie de l’épargne — en général de l’ordre de 2 à 4 % — au capital-risque. Par conséquent, la disponibilité du capital apparaît comme beaucoup plus élevée outre-Atlantique. En France, le système de retraite ne fonctionne pas par capitalisation. Ce type de financement demeure inaccessible.

Un rapport au temps qui n’est pas le même

D’autre part, la culture d’investissement est très différente. Le plus souvent, aux États-Unis, les investisseurs peuvent encourager les entrepreneurs à tout miser sur la croissance sans se soucier de monétisation ou de profitabilité. En France, la plupart des investisseurs peuvent en effet soutenir une stratégie de croissance. Mais, il faut néanmoins que le modèle économique soit avéré et que les perspectives de monétisations le soient également. 

III/ Aider les entrepreneurs, c’est les encourager à viser la croissance et la profitabilité

A/ L’exemple de FoodChéri

François m’a notamment cité un exemple. Il a investi dans FoodChéri. Breega a encouragé Patrick Asdaghi de développer leur activité et viser la croissance.

Patrick Asdaghi - Le Point - FoodCheri
Patrick Asdaghi – FoodCheri – droit : Le Point

Mais le fonds a également insisté pour que chaque vente de repas permette de contribuer à la marge brute même si, la startup n’affiche pas de profit, dans son ensemble

FoodChéri fut récemment racheté par Sodexo qui prévoit d’investir 16 millions d’euros, selon Guillaume Bregeras, journaliste aux Échos. Il s’agit d’ailleurs de la première opération financière annoncée par le nouveau directeur général de Sodexo Denis Machuel, selon Jean-François Arnaud, journaliste chez Challenges : « Denis Machuel était alors en charge des activités numériques de Sodexo quand nous avons pris un petit-déjeuner ensemble début 2017, révèle Patrick Asdaghi, cofondateur et PDG de FoodChéri. Il n’était pas question de rachat lors de ce premier échange, d’autant que nous avions déjà constitué un tour de table mais nous avions exploré les partenariats possibles ». Explorations plus que fructueuses qui se traduisent aujourd’hui par « une prise de participation majoritaire de Sodexo ».

B/ Le contre-exemple : encourager les fondateurs de startups à creuser les pertes, ce n’est pas accompagner les fondateurs de startups de la meilleure manière

À l’inverse, les concurrents américains en particulier SpoonRocket ont visé la croissance, exclusivement. Même si celle-ci veut dire creuser les pertes. Les investisseurs n’ont pas particulièrement insisté pour que la vente d’un seul repas puisse générer une contribution de marge brute, ce qui veut dire que la vente d’un repas génère des pertes. Cela peut paraître contre-intuitif. Mais, dans ce type de modèle, on vise le monopole sur son marché. Une fois que celui-ci est assuré, alors, l’entreprise monopolistique modifie ses tarifs et renoue avec la profitabilité. 

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce scénario qui s’est déroulé. Car, les investisseurs ont été pris de doutes. Ils ont insisté pour que SpoonRocket parvienne à ce que chaque repas soit vendu pour un prix supérieur au coût de production, afin de réaliser des profits unitaires. Steven Hsiao et Anson Tusui, les deux co-fondateurs y sont parvenus. Mais les profits réalisés ne permettaient pas de couvrir d’autres coûts opérationnels. SpoonRocket a donc mis la clé sous la porte, selon Josh Constine journaliste chez TechCrunch. Les investisseurs ont perdu de l’ordre de 50 millions de dollars. Cela peut paraître sidérant pour celui qui s’inscrit dans un certain temps long. 

En résumé, François a cofondé Breega pour accompagner les fondateurs de startups, notamment en matière de Business Développement, recrutement, marketing ainsi qu’en matière de services juridiques.

François et moi avons également évoqué les différences culturelles entre le VC américain et le VC français.

  • Le premier, moins sensible au risque, s’avère néanmoins plus exigeant en termes de retour espéré.
  • Le second, plus récent dans le paysage industriel, n’hésite pas à recommander à certains entrepreneurs d’accepter une valorisation moins élevée qu’espérée au moment où les VCs rentrent au capital de la startup.

Tel est d’ailleurs le sujet de notre deuxième discussion.

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