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Le rendement du VC, autrefois aléatoire, s’améliore


Antoine Fine - Eutopia

Quel est rendement financier du VC (Venture Capital) ? Pourquoi s’améliore-t-il? Comment expliquer ces progrès ? J’en parle avec Antoine Fine, Président et cofondateur du fonds early stage Eutopia.

I/ Les rendements aléatoires du VC

Historiquement, les rendements financiers du capital-risque sont loin d’avoir été les meilleurs notamment parce que celui-ci se portait essentiellement sur des projets de recherche « fondamentale ». Mais depuis une dizaine d’années, le capital-risque s’est structuré autour de plusieurs axes qui lui ont permis d’améliorer son rendement. Selon une étude de France Invest et d’Ernest & Young, le TRI net cumulé depuis 1987 du capital-innovation est passé de 1,9 % à 5,6 % pour les fonds existants depuis 5 ans. Selon Anne Drift, journaliste aux Echos, un certain nombre de « gérants ont réussi à passer la barre des 8 % de rendement annuels, ce fameux taux (« le hurdle rate ») au-delà duquel ils peuvent espérer recevoir une part de la plus-value liée à la revente des entreprises dans lesquelles ils ont investi. » Selon Tarek Chouman, CEO d’eFront, un fournisseur de solutions logicielles dédiées à l’industrie financière, « depuis 2005, les performances s’améliorent pour les fonds de ‘venture' ».

D’où vient l’optimisation du rendement du VC ? 

II/ Le rendement aléatoires du VC s’améliore pour au moins 5 raisons

J’évoque ici les 5 raisons pour lesquelles le retour sur investissement de l’innovation progress.

1 : le modèle économique plutôt que la technologie

D’abord, une plus grande attention est portée sur la création de valeur. On ne finance plus tellement un projet technologique qu’un projet économique, lequel doit répondre à un véritable besoin des clients.

2 : le marketing, de l’intuition à la science

D’autre part, le marketing est passé d’une démarche intuitive à une approche centrée sur des données objectives. Là où autrefois, on pouvait mener des enquêtes consommateurs qui s’appuient sur du déclaratif, aujourd’hui, on se reporte à des outils d’AB testing qui conduisent une analyse comportementale en temps réel. Lorsqu’on choisit de mettre en ligne une page Web, cela n’est pas le fruit du « feeling » de quelques-uns, mais plutôt le résultat d’une campagne d’AB Testing qui a démontré que la page retenue paraît plus performante.

3 : l’accélération de la technologie

Troisièmement, l’accélération des progrès technologiques assure un développement rapide et une diffusion planétaire de l’innovation. À titre d’exemple, là où, le téléphone filaire a pris une soixantaine d’années pour s’installer dans 80 % des foyers américains, le téléphone mobile a atteint une telle part de marché en une quinzaine d’années seulement.

4 : la mutation des attentes du marché

Un quatrième axe qui permet d’augmenter les rendements capital-risque, c’est l’appel du marché. Aujourd’hui, beaucoup de consommateurs rejettent les grandes marques avec son matérialisme exacerbé, la pollution systématique de la planète, et la dégradation de l’environnement. Nombre de marques historiques suscitent des notions de manque, de peur et de désirs pour déclencher un acte d’achat auprès des consommateurs. Mais, ces derniers ne sont plus dupes. De là vient un désir de renouer avec des valeurs plus simples et plus authentiques. Tel est d’ailleurs le positionnement du fonds d’investissement Eutopia.

5 : la Recherche et Développement des grandes entreprises provient de plus en plus d’acquisitions de startups et de moins en moins de R&D

En se reportant aux capitaux consacrés à la recherche et développement comparés aux fusions et acquisitions, on peut constater, en particulier dans le secteur de la bio Pharma, que l’on voit depuis une trentaine d’années à une externalisation de la recherche et développement. Les acteurs pharmaceutiques nouent des partenariats avec des startups de biotechnologie. Lorsque celle-ci met au point une molécule prometteuse, ils l’achètent. 

On assiste, selon Antoine, à une évolution similaire dans l’industrie de la grande consommation. Ceci offre des perspectives de rendement financier encore plus important pour Antoine en lui octroyant un marché d’exit pour ces startups. 

Plutôt que de miser uniquement sur l’innovation interne, ils ont renforcé leurs acquisitions, offrant des opportunités de sortie intéressantes pour de nouveaux acteurs. « En général, il est plus rentable d’acheter de nouvelles innovations que de les créer par soi-même parce qu’il y a habituellement des antécédents de réussite « , a déclaré Brian Todd, président de l’Institut de l’alimentation.

En 2017, les fusions et acquisitions dans le secteur de la consommation et de la distribution ont atteint USD 392 milliards, avec des sorties d’un milliard de dollars comme Younique (vendu à Coty pour USD 1 milliard) ou It Cosmetics (vendu à L’Oréal pour USD 1,2 milliard). Selon le rapport 2018 AT Kearney sur les fusions et acquisitions dans le secteur de la consommation et de la vente au détail, la confiance demeure très forte pour 2018, les réserves de liquidités restant à des niveaux records avec près de 1 000 milliards de dollars de liquidités en mains.

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Research and Development Spend – Cash-on-hand

III/ Histoires d’homme et de femmes…

Après cela, j’ai posé plusieurs questions de nature plus personnelles à Antoine. En particulier, je lui ai demandé quelle est l’histoire entrepreneuriale qui lui paraît la plus inspirante. Il m’a répondu que des histoires inspirantes, il en a vu plein. Mais, il a évoqué la première entreprise dans laquelle le fonds a investi : Même Cosmetics. Judith Levy et Juliette Couturier, les 2 fondatrices, ont une trajectoire personnelle tout à fait particulière et un parcours remarquable avec notamment deux ans après le soutien d’Eutopia, l’arrivée de Pierre Fabre au capital.

Judith Levy et Juliette Couturier - droits Elle
Judith Levy et Juliette Couturier – copyright : Elle

Ces deux jeunes femmes ont eu des proches qui ont été atteintes du cancer. Elles ont créé une marque de cosmétique dédiée aux femmes qui souffrent des effets secondaires cutanés des traitements anticancéreux. Au départ, Eutopia a financé l’étude clinique. Puis, le mode de distribution a dû être repensé puisque la vente par internet restait trop compliquée pour ce marché. Donc, Même Cosmetics a opté pour une présence pharmacie avant que Pierre Fabre n’entre au capital. Ainsi, dès le premier investissement, il y avait tous les ingrédients pour justifier le positionnement d’Eutopia : des valeurs, une ambition, et un business ancré dans la réalité. Les témoignages des clientes sont également très émouvants. 

De manière générale, sur les 19 startups soutenues par le fonds, Antoine a eu d’ excellentes d’expériences avec les fondateurs et leurs projets. 

Ensuite, j’ai demandé à Antoine quel est l’investisseur qui l’inspire le plus. Il m’a notamment parlé Pierre-Olivier Barenne qui a cofondé, Citizen Capital, le premier fonds « B-Corp » en France. Sa vocation est de satisfaire un certain nombre d’exigences sociétales, environnementales et relatives à la gouvernance et la transparence.

Enfin, Antoine m’a fait part du plaisir qu’il a eu à s’impliquer dans l’aventure d’Hapik co-créée par le fonds et l’équipe de dirigeants. Hapik est une chaîne de centres d’escalade ludique pour familles dans les centres commerciaux. De la page blanche de départ, l’aventure a conduit Hapik à gérer désormais 10 centres en France, 1 en Espagnes, 5 l’année prochaine aux États-Unis, 1 en Allemagne, en trois ans seulement. Autant de lieux où les familles peuvent passer du temps ensemble, les enfants faire de l’exercice et dépasser leurs peurs, loin des écrans.

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