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« L’innovation est créatrice d’emplois, » une discussion entre Michel Landry et Guillaume Villon de Benveniste


Michel Landry et Guillaume Villon de Benveniste
Michel Landry et Guillaume Villon de Benveniste

Voici un sujet  j’ai évoqué avec Michel Landry, le Président de L Tech Solution, un cabinet de conseil basé au Canada. Michel a publié notre échange* sur son blog. Il eu la gentillesse de me laisser publier notre échange également sur mon blog, en plus du sien.

 

Michel : J’aimerais maintenant aborder avec toi le sujet de l’Innovation de rupture, en décembre dernier, le Président de la République Francois Hollande, a lancé un grand concours mondial d’innovation et il est question que l’innovation de rupture soit une des solutions utilisées afin de stimuler l’économie.  

Peux-tu nous éclairer un peu plus sur le sujet ?     

Guillaume: Oui, volontiers Michel. Pour répondre à la question de savoir pourquoi la France lance un concours portant sur les innovations de rupture, il faut restituer une partie du contexte industriel de l’économie française. Et, pour l’illustrer, j’aimerais commencer par un exemple personnel. Ça marche pour toi ?

 

Michel : oui, bien sûr !

Guillaume : Très bien.

Il y a une difficulté à créer des emplois en France pour des raisons macro-économiques

Il y a 8 ans, je travaillais en mission chez Danone et j’étais chef de projet rattaché au directeur marketing monde de l’eau. Ce directeur marketing avait pour responsabilité de coordonner l’ensemble des activités marketing portant sur Évian, Badoit, Volvic et d’autres marques encore. À l’époque, cette activité représentait à peu près un quart de chiffre d’affaires de Danone, soit environ 2,7 milliards d’euros. J’étais plus particulièrement chargé de gérer les projets d’innovation. Et je me suis défoncé ! Je n’ai pas compté les week-ends que j’ai passé à rencontrer des clients, préparer des présentations pour tel ou tel Comité de Pilotage ou telle ou telle réunion du Comité Exécutif. J’étais à 200% ! Et, paradoxalement, comme j’étais au tout début de ma carrière, j’étais très mal payé. Surtout que, à cette époque-là, je devais rembourser le prêt que j’avais fait pour payer ma formation. Donc, je vivais en comptant chaque Euro.

Or, comme je m’entendais très bien avec mon supérieur, que mon travail était satisfaisant et qu’il y avait une volonté de part et d’autre de poursuivre notre collaboration, par-delà le terme de la mission, nous avions envisagé que cette mission puisse se transformer en une création de poste. Mais, lorsque le moment de passer à l’acte de concrétisation est venu, le poste n’a jamais été créé… Pour moi qui m’étais donné à fond, c’était très décevant, évidemment. Mais, le plus intéressant dans cette expérience, en réalité, est ailleurs. Car, si le poste n’a pas été créé, ce n’est pas par manque de volonté de ma hiérarchie ou pour quelques autres raisons de circonstances. Les causes étaient bien plus profondes.

Franck Riboud, PDG de Danone
Franck Riboud, PDG de Danone

En vérité, les vraies raisons pour lesquelles ce poste n’a pas été créé sont d’ordre macro-économiques. En effet, Danone, comme beaucoup d’autres entreprises européennes et françaises, ne réalise qu’une très faible part de sa croissance en Europe. Le groupe s’appuie surtout sur le dynamisme des économies émergentes telles que le Brésil, le Mexique, et la Russie pour tirer l’ensemble du groupe vers une croissance à deux chiffres. En 2006, en Europe, les objectifs de croissance étaient en phase avec les économies européennes, c’est-à-dire de l’ordre de 1 à 2%, ce qui paraît très faible si l’on compare avec les objectifs de croissance du Mexique, où le groupe pouvait réaliser jusqu’à 20 % de croissance par an.

Créer des emplois en France est un besoin criant

Dans ces conditions, il était à peu près exclu de créer de nouveaux postes en Europe, les embauches éventuelles n’ayant comme objet que de remplacer le départ de quelques-uns. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut interpréter les propos de Franck Riboud, PDG de Danone qui indique que le « développement de Danone provient de nos implantations hors d’Europe. Les ventes sur le vieux continent ont en effet diminué de 3% en 2012. Le groupe va donc réduire la voilure en France, où 236 emplois seront supprimés (900 en Europe) ».

Or, ce qui est vrai pour Danone est également vrai pour d’autres grands groupes, tels que Schneider, Total, Sanofi. Ces grands groupes préfèrent investir, créer de l’emploi au sein de géographies qui sont en forte croissance, et c’est logique ! De plus, chaque année, grâce à la vitalité de la démographie française (1,99 enfant par femmes), on trouve davantage de personnes qui entrent sur le marché du travail que de personnes n’en sortent – une situation très différente de ce qu’on peut trouver en Allemagne où la démographie, cantonnée à 1,41 enfant par femmes, chancelle.

Prospective démographique, sources: l’INSEE/INED en France et de destatis en Allemagne
Prospective démographique, sources: l’INSEE/INED en France et de destatis en Allemagne

Le besoin de créer de l’emploi sur le territoire national s’avère donc d’autant plus criant.

Il est évident que, si l’on se met à la place des hommes politiques, on voit que tout ceci ne fonctionne pas. Comme partout dans le monde, nos hommes politiques cherchent à gagner les élections. Ils se tournent vers leurs électeurs pour comprendre leurs attentes. Ces derniers leurs disent qu’ils sont au chômage et qu’ils cherchent un job. Les hommes politiques se tournent vers les entreprises et leurs promettent de réduire leurs charges si, en contrepartie, elles s’engagent à créer de l’emploi en France. Un exemple récent de ce type de transaction entre le pouvoir politique et économique, c’est le « pacte de responsabilité » souhaité par François Hollande, Président de la République Française.

Clayton Christensen, Professeur d'innovation et de stratégie à Harvard Business School
Clayton Christensen, Professeur d’innovation et de stratégie à Harvard Business School

Or, le problème de fond, c’est que l’appareil productif n’est pas présent sur des segments qui pourraient être créateur d’emplois. Une économie nationale, selon Clayton Christensen, peut être conçue comme l’addition de l’ensemble de grandes entreprises qui en constituent les forces productives.

  • Ainsi, l’économie américaine, est constituée d’entreprises comme Apple, Pfizer, Microsoft, Google, Merck, Amazone, Facebook, Salesforce, LinkedIn, parmi d’autres ainsi que tous les fournisseurs de ces entreprises
  • De la même manière, l’économie française, peut être conçu comme l’addition de toutes ces grandes entreprises, telles que Total, Sanofi, Orange, L’Oréal, Danone, Renault ainsi que tous les fournisseurs de ces entreprises

Or, ce qui est frappant, c’est que la plupart des entreprises françaises sont à peu près toutes présentes sur des marchés mûrs n’offrant que des taux de croissance très modestes. Dans ces conditions, c’est difficile de créer de l’emploi. Ce qu’on attend de l’innovation, c’est de trouver des marchés à fort potentiel de croissance qui seront créateurs d’emplois

Et donc, l’enjeu industriel en France aujourd’hui, l’objectif premier des hommes politiques, c’est de trouver des marchés ou des segments de marché offrant 20 %, 40% ou 60% de croissance par an. Et, c’est comme ça qu’on parviendra à créer davantage d’emplois en France. C’est ça qu’on attend de l’innovation ! C’est pour ça qu’on veut innover !

Anne Lauvergeon
Anne Lauvergeon

Et, pour piloter l’effort d’innovation, le Président de la République a demandé à un grand talent du capitalisme Français, Anne Lauvergeon, d’organiser un concours d’innovation qui doit servir de berceau pour les futurs géants mondiaux français.   

 

Michel :  Merci Guillaume, suite et fin dans le prochaine billet ou nous aborderons le sujet de l’innovation ouverte entre autre.

 

 – La troisième partie de cette discussion dans un second billet à venir la semaine prochaine.

Vous seriez intéressé par les artciles suivants :

http://www.ltechsolution.com/la-culture-dinnovation-sachez-choisir-celle-qui-vous-convient/ 

http://www.ltechsolution.com/innovation-et-commercialisation/

 

*Dans un esprit d’ouverture et de recherche, L Tech Solution réalise une série d’entrevues de fond avec des acteurs de premier plan en Innovation. Au gré de ces discussions ouvertes, nous découvrons comment bouge l’innovation dans les diverses régions du monde, qu’elle soit technologique, managériale ou d’ordre géographique.

 – N’hésitez surtout pas à me faire part de vos commentaires sur ce sujet.

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