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L’investissement dans la transformation digitale des énergéticiens : 2000 milliards d’euros


Pour faire face à ce contexte incertain, les énergéticiens engagent de nombreuses actions de transformation tenant à la fois à l’excellence opérationnelle, le service aux consommateurs, la digitalisation de leurs activités de production, la conception de nouveaux modèles économiques, le partenariat avec des startups et l’acquisition d’entreprises innovantes. Colette Lewiner évoque dans son rapport European energy markets observatory (18ème édition) bons nombre d’initiatives.

 

Je m’en tiendrai ici à n’en évoquer que trois :

  • la digitalisation des activités de production,
  • la conception de nouveaux services,
  • la proposition de valeur de startups très innovantes.

 

I/ L’excellence opérationnelle, un enjeu majeur

 

Dans le secteur de l’énergie, les opérations et les activités de maintenance représentent entre 18 et 25 % des coûts de production de l’énergie. Au cours des années à venir, les énergéticiens prévoient d’investir 2000 milliards d’euros pour optimiser leurs opérations de production. 10 % de cet investissement devraient être alloués à l’efficacité énergétique, selon la 18ème édition du rapport de l’énergie de Colette Lewiner, membre du conseil d’administration d’EDF, Bougyues, Lafarge et Nexans.

 

En particulier, le recours à une modélisation en 3D des activités de production — notamment la construction d’usines ainsi que l’édification d’infrastructures avec tous les impératifs logistiques d’acheminement des matières premières — devrait permettre d’accroître l’efficacité opérationnelle de 15 %. Engie met en place une entité, dénommée Engie Digital Factory, chargée de développer des solutions digitales pour optimiser les activités de production du groupe. GRT Gas a recours à la technologie de la réalité virtuelle pour optimiser des activités de maintenance particulièrement complexe. Les opérateurs s’entraînent à la réalisation d’activités critiques avant de les réaliser effectivement. Ces technologies prennent tout leur sens dans l’industrie nucléaire ou le coût marginal de production est très faible puisque l’essentiel coût provient de la construction des centrales nucléaires qui absorbent 85 % des coûts. Par ailleurs, une fois la centrale construite, un jour d’arrêt d’une centrale nucléaire entraîne une perte d’exploitation de l’ordre d’un million d’euros.

 

Or, les centrales nucléaires sont arrêtées pendant des périodes allant de 21 jours à 30 jours pour une maintenance annuelle. Par conséquent, parvenir à réduire le nombre de jours d’arrêt de sept jours entraîne un gain de 7 millions d’euros.

 

En ce sens, les énergéticiens s’inspirent à la fois des militaires et des médecins. En effet, l’armée a recours depuis de nombreuses années à différentes formes de réalité virtuelle pour former à des manœuvres particulièrement critiques dans des circonstances très dégradées.

 

De la même manière, les chirurgiens ont recours, eux aussi, à différentes formes de réalité virtuelle pour se préparer à une opération particulièrement complexe. Fujitsu modélise le cœur humain et réalise des copies digitales des patients, afin de proposer une expérience d’entraînement qui est le plus proche de la réalité possible.

 

II/ La conception de services, un enjeu de fidélisation de la clientèle

 

De multiples énergéticiens s’engagent dans la conception de nouveaux services dont l’objectif consiste aussi bien à fidéliser la base de clients que de minimiser le taux de départ (« client churn ») des clients existants. À moyen terme, la digitalisation de l’expérience client permet d’agréger des données sur les habitudes de consommation des clients ce qui permet par la suite de proposer des services qui répondent aux besoins des clients de la manière la plus pertinente possible.

 

On a souvent tendance à sous-estimer la complexité d’exploitation des données issues des clients. Il s’agit à la fois de mettre en place des capteurs en nombre suffisant pour récolter les données clients. EDF développe e.quilibre, une solution d’analyse de la consommation énergétique. Une fois ces données récoltées, il faut les agréger et les consolider ce qui demande un travail d’harmonisation des données, préalable à leur interprétation. En dernier lieu, une fois l’analyse des besoins clients réalisés, de nouveaux services d’énergie sont élaborés pour répondre aux besoins identifiés. Mener à bien de tels projets suppose, en amont, une réorganisation de l’entreprise pour que celle-ci devienne « donnée centric » (« data centric »).

 

À titre d’exemple, l’entreprise British Gas développe une solution de contrôle du chauffage à domicile ce qui permet aux clients d’économiser de l’ordre de 150 livres par an. Aux Pays-Bas, Eneco développe « Toon », une solution de maison intelligence permettant de réduire le coût de l’énergie de 10 % tout en augmentant la fidélité de la clientèle de l’ordre de 60 %.

 

De son côté, le leader pétrolier tricolore, Total, souhaite également devenir un leader en matière d’énergie propre. L’entreprise, dotée d’un fonds d’investissement, Total Energy Ventures, a pris des participations au sein d’Off Grid Electric et Powerhive. Ces deux startups développent des solutions énergétiques pour le marché africain qui n’est pas connecté au réseau électrique, puisque cette infrastructure demeure en voie de construction dans de nombreux marchés émergents.

 

Enfin, EDF, en partenariat avec Off Grid Electric, lance une nouvelle offre d’énergie solaire hors réseaux pour l’électrification rurale en Afrique de l’Ouest.

Chaine de valeur de l'energie
Chaine de valeur de l’energie

En résumé, 2000 milliards d’euros devraient être alloués à la transformation digitale des énergéticiens. Cet investissement pourrait porter sur l’excellence opérationnelle et le service aux clients.

 

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