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Allouer ses ressources pour innover : la règle des 50 % (2/2)


Akio Morita - allouer ses ressources pour innover - Sony.

Comment allouer les ressources humaines et financières pour réussir l’innovation? Quel règle faut-il suivre ? Comment suivre sa mise en oeuvre, au quotidien ?

 

La règle des 50 % pour identifier les projets prioritaires

Par ailleurs, consacrer la moitié de ses ressources à la compréhension du marché signifie également que lorsqu’il faut établir des priorités sur les projets qui doivent être menés, alors, à peu près la moitié des projets prioritaires doive être ceux qui portent sur la compréhension du marché et des clients. De la même manière, il faut imaginer qu’une entreprise qui dédie la moitié de ses ressources à la compréhension du marché, est aussi une entreprise ou, à peu près la moitié des réunions internes et la moitié des conversations entre les collaborateurs porte sur les enjeux et les problématiques du marché.

 

Des idées pour vérifier si la règle des 50 % est effectivement mise en œuvre

On pourrait d’ailleurs vérifier de la mise en œuvre de la règle des 50 % en consultant les métadonnées des emails des collaborateurs de l’entreprise. Les métadonnées des emails concernent, non pas le contenu direct des emails, mais plutôt les données liées à l’heure d’envoi des emails, à l’identité du destinataire et de l’auteur des emails. En consultant ces emails, on doit pouvoir vérifier que 50 % des emails produits par les collaborateurs de l’entreprise sont destinés à des acteurs externes à l’entreprise. On peut ensuite poursuivre l’analyse des métadonnées un peu plus loin en examinant si ces acteurs externes sont des clients ou des fournisseurs. Une entreprise innovante doit bien évidemment communiquer davantage avec ses clients qu’avec ses fournisseurs.

Allouer 50 % des ressources entreprises à l’analyse de la demande peut également se vérifier en regardant les critères qui sont évoqués pour justifier d’une promotion en interne. Là où l’entreprise établie a parfois recours à des critères internes, la règle des 50 % demanderait de faire appel à la voix du client, à la voix du marché.

 

L’allocation du temps du Comité exécutif est un indicateur des capacités d’innovation d’une entreprise

D’ailleurs, on a relevé un usage du temps remarquable dans de grandes entreprises réputées mondialement pour leur capacité d’innovation. Akio Morita, PDG de Sony, et mentor de Steve Jobs, avait l’habitude de dire qu’il fallait passer près de 80 % du temps du comité exécutif à concevoir de nouveaux produits. Lorsqu’il a pris sa retraite et que d’autres PDG lui ont succédé le temps alloué à la conception de nouveaux produits a graduellement diminué. Au tournant du XXIe siècle, l’entreprise nipponne consacre 80 % de son temps à des pragmatiques d’excellence opérationnelle et de diminution des coûts. Pourtant, c’est aussi à ce moment-là que le leader japonais perd des parts de marché tandis que la valeur de l’action diminue. À la même époque, après le retour de fondateur d’Apple, à la fin des années 90, Steve Jobs encourage son comité exécutif à passer de l’ordre de 80 % de son temps à la conception de nouveaux produits. La première décennie du XXIe siècle voit la renaissance de l’entreprise qui invente le Mac tandis que le cours de l’action s’apprécie de manière considérable.

Autrement dit, la règle des 50 % a vocation à s’appliquer à toutes les décisions managériales de l’entreprise : investissement, budget, utilisation du temps, choix des priorités stratégiques, identification des compétences clés et des compétences à développer, choix des « Key Performance Indicators », composition des équipes de direction…

 

La règle des 50 % permet de créer une culture d’innovation

D’une certaine manière, pour développer une culture d’innovation au sein de son entreprise, il suffirait de conduire un projet de changement qui permettrait que 50 % des ressources de l’entreprise soient dédiés à la compréhension des enjeux de ses clients et à l’analyse de la demande du marché. Il faudrait que l’analyse de la demande du marché soit un critère omniprésent, dans toutes les décisions d’allocation de ressources humaines et financières. Il faudrait aussi que les enjeux du marché soient évoqués dans chaque réunion interne et dans chaque réunion du comité exécutif. Après, l’intelligence naturelle des collaborateurs de l’entreprise les amènerait spontanément à trouver toutes sortes de solutions pour répondre à l’évolution de la demande. D’une certaine manière, la meilleure garantie ou le meilleur moyen d’amener une culture d’innovation au sein d’une entreprise établie consiste tout simplement à valoriser davantage les ressources qui sont allouées au marché.

 

En résumé : Un projet d’innovation n’est pas un projet d’exécution. L’allocation des ressources y est donc nécessairement différente.

  • Un projet d’innovation n’est ni un projet d’exécution ni un projet de mise en œuvre. Pour réussir l’innovation, il faut, non pas répliquer une activité de production existante, mais créer une nouvelle activité de production pour concevoir un nouveau produit, lequel doit répondre à un problème client qui n’avait pas encore été identifié. C’est pourquoi la première étape de tous projets d’innovation consiste à comprendre le problème de ses clients. 50 % des ressources de l’entreprise innovante doivent porter sur l’identification de ce problème. Il s’agit de la règle des 50 %.
  • Le terme de ressources désigne le temps des collaborateurs, le budget de l’entreprise, les choix des priorités stratégiques, la composition de l’équipe de direction, l’identification des compétences clés à développer, l’utilisation du temps de réunion du comité exécutif, l’utilisation du temps de toutes les réunions internes à l’entreprise, la production d’emails, et toutes les autres activités de production de l’entreprise…
  • La mise en œuvre de la règle des 50 % permet de refonder la culture de l’entreprise pour que celle soit davantage « client-centric », plus commerçant, plus innovante.
  • Pour vérifier du respect de la règle des 50 %, il suffit d’analyser comment l’entreprise prend ses décisions stratégiques. On peut également regarder le comportement des collaborateurs de l’entreprise notamment au cours des réunions internes — celles-ci doivent porter, pour moitié, sur les besoins des clients. Enfin, l’analyse des métadonnées des emails produits par l’entreprise permet de voir dans quelle mesure la règle des 50 % est effectivement respectée.

 

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