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La TV connectée est-elle une opportunité ou une menace pour les opérateurs télécoms ?


Voici une expérience que j’ai réalisée récemment et qui a servi de base aux questions que j’ai posées à ensuite à Christophe Rufin, Directeur Marketing dans les Télécoms.

J’étais, il y a quelques jours, chez un ami qui vient de s’équiper d’une TV connectée. J’ai comparé  deux parcours de consommation de télévision pour savoir lequel me donnait davantage de satisfaction. Pour cela, j’ai comparé :

  • le parcours d’accès à l’application Youtube en utilisant le boîtier TV fourni avec la box Internet, au
  • parcours d’accès à l’application Youtube depuis la TV connectée

I/ Le premier parcours me paraît laborieux et chronophage

 

Le temps
Le temps

Le premier parcours consiste  à utiliser Youtube depuis le boîtier TV externe fourni avec la box. Pour cela, j’ai effectué les manipulations suivantes :

  • j’allume le module TV de la box (avec la télécommande TV de la box)
  • j’allume la télévision (avec la télécommande de la TV)
  • je choisis, à l’écran, à l’aide de la télécommande, la rubrique Applications
  • je choisis ensuite plus particulièrement de me rendre sur Youtube.
  • je tape dans la barre de recherche qui apparaît sur le téléviseur les mots : « mots croisés ». Je souhaite regarder en effet cette émission qui passe fréquemment sur France 2. Je remarque que la saisie doit se faire sur un écran virtuel qui apparaît à l’écran.
  • j’utilise des flèches unidirectionnelles sur la télécommande. Et c’est selon ainsi que j’entre, péniblement, chaque caractère que comprend le terme « mots croisés ». En tout, cette opération de manipulation me prend une bonne minute.
  • ensuite, ayant appuyé sur OK, je parviens à la sélection des émissions « mots croisés » de Yves Calvi. Je choisis la première d’entre elles.

Au final, j’ai l’impression d’avoir passé plus de temps à rechercher l’émission qu’à la visionner.

 

II/ Le second parcours, celui de la TV connectée, s’avère plus fluide et plus satisfaisant

Ensuite, je réalise un autre scénario. Cette fois-ci, j’effectue les opérations suivantes:

  • j’allume la télévision (avec la télécommande de la TV)
  • je vois directement apparaître à l’écran une émission de TF1.
  • je presse une fois sur la touche « programme + » : la liste des chaînes apparaît en surimpression. Youtube figure en haut de la liste des chaînes. L’intégration est complète : pas besoin de se rendre dans un menu dédié aux applications !
  • notre ami me prête alors un iPad. Pour entrer le terme : « mots croisés », il suffit d’utiliser le clavier qui apparaît sur l’écran de l’iPad. Au lieu d’entrer les mots en quelques minutes comme précédemment, j’entre l’ensemble de l’expression en un peu moins de 10 secondes.
  • J’arrive ensuite à une sélection de vidéos de l’émission « mots croisés » de France 2.
  • je choisis l’une de ces vidéos et voici que je commence à regarder l’émission, aussi simplement que je regardais précédemment TF1.

Peut-être que ce descriptif du scénario paraît laborieux mais, elle donne lieu quand même à deux remarques qui me paraissent fondamentales :

  • d’une part, le scénario de la télévision connectée est beaucoup plus simple et produit des résultats qui sont meilleurs
  • d’autre part, le scénario de la télévision connectée constitue une menace concurrentielle pour les opérateurs télécom.

Et, c’est sur ce deuxième point que j’ai demandé l’avis de Christophe.

 

III/ Dans le second scénario, l’opérateur télécom est désintermédié

 

Désintermédiation
Désintermédiation

En effet, dans ce second scénario, l’opérateur télécom est totalement désintermédié. Il sert simplement à fournir les tuyaux mais, il n’intervient pas dans la consommation ou, en tout cas, son équipement n’est pas le lieu de la consommation de contenus. Les opérateurs télécoms jouent un rôle qui paraît moins important dans le scénario de la télévision connectée que dans le premier scénario. Les TV connectées, si elles connaissent le succès, constituent donc un nouveau concurrent aux opérateurs. Et cela peut avoir des conséquences industrielles et financières majeures.

 

 

Christophe Rufin, Directeur Marketing chez Orange
Christophe Rufin, Directeur Marketing chez Orange

Selon Christophe, il faut nuancer ce constat. Aujourd’hui, les chiffres montrent que les opérateurs disposent d’une longueur d’avance : moins d’1 TV connectable sur 10 est connectée.

  • En effet, les clients doivent apprendre à connecter leur TV. C’est un effort qu’ils ne sont pas prêts à faire. A contrario, les clients ont déjà le réflexe de connecter un boîtier fourni par l’opérateur.
  • De plus, pour les constructeurs de TV, la TV connectée pose le problème de la gestion des anciennes versions qu’ils ne savent pas gérer. Par exemple, les possesseurs des premières TV connectées ont perdu leur accès à Youtube l’été dernier lorsque Google a arrêté son service « Youtube XL ». (Source, ici)
  • Et il n’y a aucune solution simple pour mettre à jour les TV à l’inverse du matériel opérateur.
  • Enfin, les contenus sont clés et avec les bouquets TV et la vidéo à la demande, les opérateurs ont une longueur d’avance, même s’il ne faut pas négliger la progression des plateformes Youtube et Dailymotion.

Malgré ces réserves, l’arrivée de TV connectées constitue une formidable évolution de l’industrie du consumer electronics, au-delà du simple objet « TV » : dans l’exemple ci-dessus, c’est l’interaction de la TV et d’un autre écran (tablette ou smartphone) qui rend l’usage aussi puissant. Dans ce nouvel écosystème, l’opérateur a l’opportunité de jouer le rôle central, par exemple en apportant à chaque membre de la famille le bon contenu, sur le bon écran, au bon moment.

IV/ La TV connectée est-elle une opportunité ou une menace pour les opérateurs télécoms ?

TV écran plat
TV écran plat

Quelles innovations les opérateurs vont-ils développer pour maintenir leurs positions concurrentielles dans la consommation de contenus audiovisuels ? Voici sans doute une des questions majeures que devront traiter les directions de stratégie et d’innovation chez les opérateurs télécoms dans les cinq années à venir. Et c’est sur de telles considérations que Christophe et moi avons allumé la télévision pour regarder un match de foot… 🙂
Lectures complémentaires :

  • Pour une description des évolutions technologiques dans le domaine de la télévision, veuillez vous référer à mon échange avec Claude-Yves Robin, l’ancien directeur général de France 2, France 5 et France TV
  • Pour une présentation de la prospective de la TV connectée, veuillez vous référer à ce blog
  • Pour une discussion d’une autre vision de l’innovation dans le domaine de la télévision (« social TV »), veuillez vous référer à mon échange avec Nelson Chu, un VC qui investi dans la startup de Carlos Diaz, fondateur et PDG de Kwarter
  • Pour un blog spécialisé en matière de « social TV », veuillez vous référer à ce blog
  • Pour un article qui traite du risque de désintermédiation, notamment dans la presse, veuillez vous référer à cet article de Philippe Colliat
  • Pour un article de Christophe Rufin portant sur l’innovation de rupture, et comment la réussir, veuillez vous référer à ce billet de blog

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