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Qu’est-ce que la France de l’innovation peut apprendre de la Silicon Valley? (1/2)


Voici une question qui m’a été posée lorsque, à l’occasion d’une conférence organisée par Arthur de Conihout, Jack Voileau et The Family, j’ai croisé Jean-Yves Bruna, Directeur du Développement Stratégique de Sopra Group Services Financiers. Alors, j’ai pensé à mon récent voyage dans la Silicon Valley et voici la première idée m’est venue.

J’ai constaté une réelle différence dans la vitalité du capital investissement entre la Silicon Valley et la France.

Dans son rapport sur la compétitivité Louis Gallois indique que la collecte de capital investissement s’établit à 6,4 milliards d’euros pour l’année 2011 en France. Or, en 2012, New Enterprise Associates, un fond investissement américain a levé, à lui seul, plus de 2,6 milliards de dollars, selon Evelyn Rusli,reporter au NYTimes. Donc, ce qui étonne d’emblée, c’est le fait qu’un seul fond d’investissement américain puisse lever à peu près un tiers de la totalité des fonds collectés par tous les fonds français. De là, une capacité d’investissement qui est sans commune mesure avec ce qu’on trouve en France. Mais, “cela n’a pas grande importance” m’a répondu Vivek Wadwah, un entrepreneur et universitaire indien-américain.

 

Il a ajouté que le capital investissement a perdu en importance parce que les besoins en CAPEX des startups ont considérablement diminué (voir infographie) ces dernières années, notamment grâce aux technologies du Cloud. C’est vrai. Mais, il n’y a pas que le CAPEX; il y a aussi l’OPEX. Et cela a des implications extrêmement concrètes. Voici un exemple.

L’exemple de Piazza

En effet, parmi les nombreuses startups que j’ai pu rencontrer, j’en ai rencontré une, Piazza, qui est en train de développer un logiciel collaboratif à destination des étudiants des universités américaines.

Piazza

Le logiciel est très simple d’utilisation et il me paraît être relativement bien conçu. Mais, ce qui m’a étonné le plus, ce n’est pas tellement le produit mais plutôt les finances. En effet, d’après le Directeur Général, les investisseurs ont souhaité que Piazza concentre ses efforts sur la conception, l’amélioration, et la diffusion du logiciel auprès de son public cible, sans se soucier de la génération de revenus ; et d’ailleurs, sans même se soucier non plus de l’élaboration d’un modèle économique (!) Autrement dit, pendant deux ans, le fonds d’investissement de Piazza a payé les salaires de ses employés, sans que cette entreprise ne génère le moindre revenu.

Je vais être très clair : je n’ai jamais vu chose pareille en France. Pourtant, j’ai travaillé dans plusieurs startups et j’ai rencontré de nombreux investisseurs. Mais, je n’ai jamais entendu parler, dans aucune réunion, dans aucune conversation, dans une aucune discussion, à aucun moment, d’un investisseur qui serait prêt à payer les salaires de 10 employés pendant deux ans sans que ceux-ci n’élaborent de modèle économique. Jamais. D’ailleurs, Philippe Colliat, un Directeur Général dans l’e-commerce et le web, qui était avec moi chez Piazza, partageait ma surprise. Moi, ce que j’entends, lorsque je rencontre des investisseurs en France, c’est plutôt des investisseurs qui seraient prêts à investir à condition que l’entreprise ait déjà développé son produit, ait déjà acquis quelques grands comptes, ait déjà atteint l’équilibre. Au début, je me suis dit que cette différence devait provenir d’une différence culturelle : l’investisseur français serait davantage averse au risque que son homologue américain. Cela est peut-être vrai.

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